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Jeanette MacDONALD

 

 

 

Rares furent les vedettes de comédies musicales aussi aimées que la chanteuse d’opérette Jeanette MacDonald. Sa popularité en France fut immense, notamment en raison de sa participation à plusieurs comédies aux cotés de Maurice Chevalier, le chouchou des spectateurs des années 30 et de l’engouement du public pour les opérettes romantiques comme Rose-Marie. Pourtant quand on revoit ses films avec le recul, sa voix grinçante et aigüe de bigote n’a rien pour charmer les oreilles, surtout quand elle a le culot de s’attaquer à de grands airs d’opéra. En revanche, on peut toujours apprécier son talent de comédienne et sa présence indéniable, particulièrement mis en valeur dans les films de Lubitsch mais également dans certaines des opérettes qu’elle a tournées ensuite pour la MGM, et dont certaines méritent vraiment d’être redécouvertes car elles sont loin d’être aussi mièvres qu’on pourrait l’imaginer.


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Née en 1901, dans une famille de petits commerçants, Jeanette prend très tôt des cours de chant et suit les traces de sa sœur ainée Blossom (qui fera une petite carrière à la MGM sous le pseudo de Mary Blake), dans des revues new yorkaises. De simple girl, elle devient chanteuse puis vedette d’une série de spectacle (même si sa renommée n’atteindra jamais sur scène le statut d’une Marilyn Miller).

 

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avec Ramon Novarro

 

Dès l’arrivée du parlant, les grands studios se mettent en quête d’acteurs de théâtre qui pourront sans mal affronter les nouvelles conditions de tournage. Jeanette tourne un bout d’essai aux cotés de Richard Dix dès 1928, mais ses producteurs de Broadway refusent de la laisser partir pour Hollywood. Ce n’est que l’année suivante que le grand Ernst Lubitsch, roi de la comédie légère, à la recherche d’une reine pour son film la parade d’amour tombe sur l’essai qui le séduit immédiatement. L’actrice est embauchée sur le champ pour donner la réplique à Maurice Chevalier dans cette délicieuse farce sophistiquée, un brin coquine. Elle y chante « la marche des grenadiers » qui remporte un gros succès commercial, aux USA et chez nous.


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Après une opérette filmée en technicolor bichrome Le roi des vagabonds, et un sketch dans Paramount en parade (1930) qui curieusement ne sera conservé que dans la version espagnole, Jeanette retrouve Lubitsch dans l’opérette Monte Carlo où son charme subtil et son regard pétillant font merveille, et éclipsent l’acteur anglais Jack Buchanan. Lubitsch, amoureux de la comédienne, sait comme nul autre la mettre en valeur, dans ses comédies légères finement ciselées. Cependant, hormis la chanson « beyond the blue horizon », le film ne rencontrera pas un grand succès, le public étant alors rassasié des innombrables musicals tournés à la va-vite à l’arrivée du parlant.


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Il lui faut alors rebondir et son manager-amant Bob Ritchie (qui fut ensuite le chevalier servant de nombreuses stars d'Hollywood de Grace Moore à Dorothy Lamour) a plus d’un tour dans son sac pour faire parler de Jeanette ; A-t-il inventé de toutes pièces la rumeur de l’accident de voiture à Bruges de MacDonald, assassinée par une rivale jalouse de sa prétendue liaison avec un prince italien ? En tous les cas, cette histoire délirante fera la une des journaux français, et l’actrice se sentira obligée de venir à Paris pour prouver qu’elle est toujours en vie (on racontait même que sa sœur avait été obligée de la remplacer dans Don’t bet on women ) et qu’il ne s’agissait que de mensonges.


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L’actrice déjà très aimée du public français pour son film aux cotés de Chevalier, l’enfant du pays, est accueillie avec la même ferveur que Lindbergh, et fait un tabac au théâtre de l’Empire puis à Londres.

Après ce triomphe continental, c’est la tête haute que Jeanette rejoint la Paramount où Lubitsch lui confie deux autres superbes rôles aux cotés de Chevalier, Une heure près de vous (1932) de Lubitsch et Cukor, tourné en versions anglaise et française et le sublime Aimez moi ce soir de Rouben Mamoulian, un modèle de cohérence pour un film musical. Rarement, on aura réussi la symbiose de l’intrigue et de la musique avec autant d’habileté. Et tant pis si les trilles de Jeanette nous semblent un peu pénibles et stridentes, 70 ans après, son jeu tout en finesse séduit toujours.


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En 1933, Jeanette Mac Donald quitte la Paramount pour la MGM, la firme dirigée par Louis B Mayer, complètement séduit par les vocalises de l’artiste (des mauvaises langues et notamment un livre paru dans les années 70 parleront même d’une liaison entre le mogol et la divette). Après le médiocre Chat et le violon avec l’ex star du muet Ramon Novarro (dont on retiendra seulement la séquence finale, en technicolor, qui révèle la chevelure rousse de la chanteuse), Jeanette retrouve Lubitsch et Chevalier dans la luxueuse et célèbre adaptation de l’opérette de Franz Lehár, la veuve joyeuse (en fait, la cantatrice Grace Moore avait été initialement pressentie mais pour des problèmes d’égo refusera de figurer après Chevalier sur l’affiche). C’est une comédie délicieuse et un peu irrévérencieux où la « Lubitsch touch » fait des miracles : un vrai régal.


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Après ce petit bijou, Mayer, rassuré par le triomphe des films de Grace Moore pour la firme Columbia, entame le tournage de toute une série d’opérettes dans lesquelles le ténor Nelson Eddy lui donne la réplique. Le public américain va immédiatement s’enticher du nouveau couple et leur réserver un accueil qui confère à l’hystérie. Il existe encore d’ailleurs des fanzines publiés par des accros qui essaient encore de se persuader que Jeanette et Nelson s’aimaient aussi hors de l’écran : ce qui est peu vraisemblable.

 

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avec James Stewart et Nelson Eddy dans Rose Marie

 

Nelson Eddy était gay. Mac Donald avait épousé en 1937 l’acteur Gene Raymond (au grand désespoir des fans du couple de la MGM). En outre, Jeanette le trouvait stupide et certaines sources racontent qu’elle s’arrangeait toujours pour le ridiculiser à l’écran et qu’elle suppliait Meyer pour obtenir un autre partenaire (elle eut gain de cause pour l’Espionne de Castille). Apparemment, le public ne s’en rendait pas compte et fit un triomphe à la fugue de Mariette (1935), Rose Marie (1936) et au chant du printemps (1938) (à tel point que ces films bénéficièrent d’une ressortie dans les années 50).


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A la lecture de certaines encyclopédies, on a l’impression que Jeanette a joué ses meilleures cartes à la Paramount avec Lubitsch et Mamoulian et qu’elle s’est enlisée ensuite à la MGM dans une mélasse d’opérettes cul-cul et populaires. Ce jugement mérite d’être révisé. En effet, autant certains films rediffusés par TCM comme Amants (1938, en technicolor) ou Emporte moi mon amour (1939) paraissent insupportables, autant la fugue de Mariette (1935) est un film passionnant, au rythme haletant bâti sur un scénario solide (dire que je l’avais laissé dormir pendant des années dans ma vidéothèque, en pensant que c’était un navet) . Nelson Eddy est loin d’y être fadasse et ridicule et vocalement Jeanette assure mieux qu’ailleurs (je pense à la note finale de la chanson  « italian street song ») .


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J’ai également adoré l’Espionne de Castille (1937), film d’aventures situé sous l’ère napoléonienne, où Jeanette est éblouissante et magnétique (pas même chez Lubitsch). Jamais elle n’a été aussi belle et surprenante (déguisée en bohémienne, elle danse à pour séduire le chef des armées avec beaucoup de souplesse, de rythme et de sensualité). Les très bonnes chansons (sérénade à la mule, sympathie) seront des tubes en France.