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Eleanor Powell

Il est temps de rendre hommage à Eleanor
Powell, la plus grande danseuse à claquettes d’Hollywood et les aficionados
du musical hollywoodien ne me contrediront pas ! Même si elle n’avait pas la
personnalité juvénile et attachante de Ruby Keeler, ni la féminité d’Ann
Miller, sur un plan purement technique, Eleanor Powell était
certainement la plus douée. Certes, ses talents se limitaient aux numéros
dansés (elle était souvent doublée pour le chant, et assez insipide dans les
scènes de comédie), mais sa vivacité, sa précision et son énergie ont
beaucoup apporté au tap-dancing.

Née en 1912, Eleanor Powell a débuté enfant en dansant dans de nombreux
spectacles. Même si ces goûts la portent plutôt vers le ballet classique et
la danse de salon, elle se met aux claquettes, pour pouvoir trouver plus
facilement du travail (à la fin des années20, les producteurs recherchaient
en priorité des tap dancers). On raconte que ses professeurs lui attachaient
des sacs de sable aux pieds pour éviter des mouvements trop larges.
Vedette de plusieurs revues, Eleanor Powell
triomphe notamment dans les « George White scandals » en 1934. Aussi, lors de
l’adaptation à l’écran de cette revue par la Fox en 1935, un numéro de
claquettes lui est confié (hélas, elle ne participe pas au meilleur moment du
film, une parodie du continental de la Joyeuse divorcée, où les danseurs
balancent en l’air leurs partenaires comme des poupées de chiffon) . La
première apparition de la jeune femme à l’écran (en pantalon, pour éviter des
mouvements acrobatiques disgracieux) passe pourtant inaperçue.

Louis B Mayer, le patron de la MGM, bien décidé à miser de nouveau sur le
genre musical qui avait connu une désaffection du public au début des années
30, propose à la jeune artiste d’être la vedette d’un film baptisé Broadway Melody of 36, en hommage au
premier succès musical du studio. Après avoir subi des soins intensifs en
instituts de beauté (toutes les bios semblent indiquer qu’à l’origine,
c’était un vilain petit canard. Pourtant, elle m’a paru très mignonne dans George White Scandals of 35), la jeune
femme entame le tournage. Bien secondée par divers artistes de talent,
Eleanor devient une vedette de l’écran du jour au lendemain. Chacun se
souvient de la finale, avec Eleanor descendant à grandes enjambées un
escalier en colimaçon, dans un décor de navire avec des canons en carton
pâte. Pourtant, je préfère le charment numéro, bien moins tape à l’œil
qu’elle danse sur le toit d’un immeuble (Sing before breakfast). Le triomphe
du film vaudra à Eleanor un contrat de 7 ans avec la firme du lion.

L’amiral mène la danse (1936) vaut surtout pour les magnifiques chansons de
Cole Porter et tant pis si l’intrigue ne tient pas debout. (Eleanor incarne
une danseuse qui remplace au pied levé la capricieuse chanteuse Virginia
Bruce dans un show).

Le règne
de la joie (1937)
figure à mon avis parmi les sommets artistiques d’Eleanor. Le numéro final
est particulièrement éblouissant : quelle énergie et quelle précision dans le
geste ! Contrairement à certaines de ses collègues qui dansent les claquettes
en faisant de nombreux tours sur elles-mêmes, Eleanor nous propose une chorégraphie
beaucoup plus inventive et élaborée, acrobatique tout en restant infiniment
classe, et toujours avec un glorieux sourire. En outre, elle se charge toute
seule de la chorégraphie, veillant sur l’emplacement des caméras, et le
montage des séquences : fait rare à Hollywood ! Je n’ai pas vu Rosalie (1937) avec Nelson Eddy mais
le film est surtout connu pour l’extravagance du numéro final avec 2000
figurants et 27 caméras pour filmer Eleanor.


En 1940, c’est la rencontre au sommet : Fred Astaire le plus grand danseur du
monde partage avec Eleanor l’affiche de Broadway qui danse. Certains
critiques seront déçus par le manque d’alchimie entre les 2 danseurs, chacun
se concentrant sur ses propres pas, sans qu’il y ait de réelle symbiose comme
entre Fred et Ginger ou Rita. Pourtant, certains numéros sont admirables,
notamment celui de « begin the beguine », d’abord en rumba puis en swing, une
véritable leçon d’élégance et d’efficacité : un des must de l’histoire du
film musical.
De divorce en musique (1941) on
retiendra surtout la grandiose finale élaborée par le génial Busby Berkeley
et un charmant numéro au cours duquel Eleanor danse avec un fox-terrier :
craquant.

Depuis le début de sa carrière à la MGM, il semble que ses patrons n’aient
jamais fait totalement confiance à Eleanor pour mener à bien un film (compte
tenu de ses talents de comédienne plutôt limités), en l’encadrant de nombreux
chanteurs (Frances Langford, Judy Garland, etc..) et comiques. A partir de
1942, il semble qu’ils misent bien davantage sur le comique Red Skelton, qui
a plus de scènes que la danseuse dans Croisière
mouvementée (1942). Pourtant le numéro dansé de « toréador » d’Eleanor
vaut cent fois les pitreries stupides du clown Skelton. Il semble que le
torchon brûle ensuite entre Eleanor et sa hiérarchie. Prévu d’abord en
couleurs (il n’en subsiste qu’une scène qui sera intégrée dans la Parade aux étoiles), Mlle ma femme (1943) atteindra
finalement les écrans en noir et blanc avec beaucoup de passages copiés-collés
pompés dans d’anciens films d’Eleanor ! (on retiendra pourtant le seul numéro
original du film, où la danseuse manie le lasso tout en dansant avec une
dextérité qui laisse pantois. Chapeau !).

Le contrat de 7 ans avec la MGM vient alors à expiration, sans être
renouvelé. C’est la vivace Ann Miller, maîtresse de Louis B Mayer, qui
prendra le relais, mais sans jamais tenir la tête d’affiche.
Swing
circus (1945) tourné pour l’United
Artist n’a pas le prestige ni le budget des films de la MGM, mais n’est pas
dépourvu d’intérêt sur un plan musical. Ici, c’est avec un cheval au trot et
dans un flipper géant que danse Eleanor, et là aussi, c’est impeccable.

Mariée avec le jeune acteur Glenn Ford, Eleanor Powell délaisse alors sa
carrière pour se consacrer à son mari (hormis une courte et bien décevante
apparition en 1950 dans jamais deux sans toi), son petit garçon et ses
activités religieuses qui vont beaucoup l’accaparer. Fervente catholique,
l’actrice va même écrire des scripts pour des émissions religieuses à la
télé. Divorcée de Glenn Ford (un coureur de jupons impénitent qui ne savait
pas résister au charme des ses partenaires à l’écran), Eleanor décide de
faire un come-back sur scène dans les années 60 pour épater son fils. Après
un régime draconien (elle avait en effet pris beaucoup de poids), Eleanor,
plus belle que jamais, triomphe pendant quelques mois dans les cabarets de
Las Vegas, avant d’abandonner définitivement le monde du spectacle. La reine
des claquettes décèdera d’un cancer en 1982.

Filmographie (avec imdb.com)

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