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Cyd Charisse
S’il est une artiste de comédie musicale qui
recueille tous les suffrages sur Dvdclassik, (elle a d’ailleurs déjà fait
l’objet de plusieurs topics), il s’agit bien de la divine danseuse
américaine Cyd Charisse.

Comment rendre un juste hommage à l’une des plus grandes (la plus
grande ?) et des plus belles danseuses de l’histoire du cinéma, du moins à
la plus élégante, la plus gracieuse et la plus sensuelle des vedettes des
musicals hollywoodien, celle dont le nom reste attaché aux films les plus
mythiques de cette époque dorée (chantons sous la pluie, tous en scène, la
belle de Moscou…) en trouvant les mots justes ? On serait tenté de dire
qu’elle est l’incarnation même de Terpsichore tant son extraordinaire et troublante
beauté, sa grâce, sa classe et ses incontestables talents de danseuses ont
séduit et fait rêver des générations de cinéphiles
.
Née en 1921, cette fille de bijoutier, prend des cours de danse
classique dès l’âge de 6 ans.
Son professeur Nico Charisse, impressionné par sa beauté et son
talent, promet à ses parents qu’elle a l’étoffe d’une star. Il la fait
entrer dans la troupe du ballet russe et l’épouse à Paris (en 1939) lors
d’une tournée en Europe. Le chorégraphe David Lichine lui présente un de
ses amis, le réalisateur russe Grégory Ratoff qui lui propose, avec
l’accord de son mari, de faire une carrière au cinéma. Elle obtient d’abord
un petit rôle dans Mission à Moscou (1943) puis un contrat à la MGM, le
studio le plus prestigieux d’Hollywood et le plus spécialisé dans le genre
qui nous intéresse. Le grand producteur Arthur Freed lui confie au départ
des rôles secondaires, dans Ziegfeld Follies (1945), la pluie qui chante
(1946) ou les Harvey Girls (1946).

Elle a un rôle plus étoffé aux cotés de la petite Margaret O’Brien
dans la danse inachevée (1947) un des rares films où on lui donne
l’occasion de danser en tutu quelques extraits des plus grands ballets du
répertoire classique (Coppelia, le lac des cygnes) : c’est un joli film sur
la danse dans lequel il règne une atmosphère similaire aux téléfilms
d’Odette Joyeux de la fin des années 60. Si ce rôle lui ouvre davantage de
portes (elle est plus belle que jamais après une petite opération de
chirurgie esthétique au niveau du nez, et présente une certaine
ressemblance avec la divine Ava Gardner, grande vedette du studio), le
moins qu’on puisse dire est qu’au début elle n’a pas de chance : elle se
casse une jambe avant Parade de Printemps (Ann Miller reprendra son rôle)
et doit finalement renoncer à un autre classique, Un américain à Paris, car
elle est enceinte de son second mari, le crooner Tony Martin. (On raconte
que le divorce de Cyd et de Nico Charisse avait été payé et réglé par
l’avocat personnel de Howard Hughes, qui comptait épouser l’actrice !!!
Décidemment, l’aviateur millionnaire les voulait toutes !)
On pouvait finir par croire que Cyd n’aurait jamais la possibilité de
faire valoir ses talents.
    
Finalement, Gene Kelly l’engage pour son ultra célèbre « Chantons sous
la pluie » et c’est la révélation. Dans le fameux ballet « Broadway melody
», Cyd, avec sa coiffure à la Louise Brooks est sublime : rarement, une
danseuse avait fait telle impression dans un film musical.

Après un passage dansé superbe dans l’horrible pacotille qu’est «
Sombrero » (c’est vraiment tout ce qu’on peut sauver de ce navet), Cyd
brille encore, cette fois à coté du grand Fred Astaire dans un autre chef
d’œuvre du genre « Tous en scène ».Comme George Cukor, Vicente Minnelli n’a
pas son pareil pour mettre en valeur les femmes et les diviniser, et on
peut dire qu’il a rencontré là sa muse, une femme qui allie beauté,
sophistication et sensualité. On se souviendra longtemps du fabuleux ballet
« the girl hunt » où Cyd incarne une vamp de romans policiers. Quelle
sensualité, quelle élégance et quelle classe : un mélange de feu et de
glace. Cyd danse à la perfection (néanmoins, il convient de préciser qu’en
réalité, elle se fatiguait vite, et qu’on était obligé de filmer ses
numéros musicaux par petits morceaux, et qu’elle était doublée
systématiquement pour le chant, car elle chantait très faux).
Fred Astaire, qui n’a pas toujours eu la chance d’avoir des
partenaires à sa hauteur ne cache pas sa satisfaction, déclarera «lorsqu’on
l’a tenue dans ses bras, on reste à jamais enlacé à elle ». Il me semble
qu’il n’a jamais été aussi élogieux avec aucune de ses partenaires !
 
Pour ma part, j’ai moins aimé sa prestation dans Brigadoon, avec Gene
Kelly (1954). En revanche, son numéro dans « Au fond de mon cœur » est
magiqueDans un décor des mille et une nuits, elle danse un très sensuel pas
de deux avec James Mitchell. (A voir absolument !)
On la retrouve en pleine forme dans un autre classique avec Gene Kelly
: Beau fixe sur New York (1955), où elle nous offre un vigoureux numéro de
danse sur un ring. Bien moins connu et sans doute moins original, Viva Las
Vegas (1956) avec Dan Dailey, est un musical pourtant très sympa où Cyd
nous livre encore de somptueux numéros de danse (le ballet Frankie et
Johnny notamment).

Toujours sous la houlette du grand Arthur Freed, Cyd éblouit encore
dans la belle de Moscou, somptueux remake de Ninotchka. Les scènes dansées par
Fred et Cyd frisent la perfection. L’énergique ballet « the red blues » est
également superbe. Certains esprits chagrins reprocheront à Cyd son
interprétation dans les scènes de comédie. Certes, elle y est moins
brillante que Garbo (je pense à la scène de l’ivresse), néanmoins, elle
tient tout à fait sa place.
Avec le déclin du film musical, Cyd se voit contrainte d’essayer
d’autres styles. Elle joue notamment dans Traquenard (1958) de Nicholas Ray
un polar de facture très classique mais tout à fait intéressant. Si son jeu
est assez froid et impersonnel, en revanche les deux scènes de danse sont
éblouissantes.

En 1960, Cyd paraît dans un film ballet, chorégraphié par Roland
Petit, Les collants noirs avec les ballerines Zizi Jeanmaire et Moira
Shearer. L’épouvantable qualité du DVD (image complètement floue) ne m’a
hélas pas permis d’apprécier pleinement ce film ballet. En tous les cas, sa
présence et son charisme lui permettent d’éclipser ses deux prestigieuses
consoeurs.
Sinon, dans les années 60, on l’aperçoit encore dans quelques films
d’espionnage européens de médiocre valeur. Elle participe aussi à des
comédies musicales (Ilya darling, une adaptation de Jamais le dimanche en
musical par Jules Dassin himself), des shows dans les cabarets de Las Vegas
aux cotés de son mari Tony Martin qui se charge de la partie chansons. A la
télévision américaine, elle danse aussi parfois. Je me souviens d’avoir vu
certains extraits de ses prestations, notamment un pas de deux torride,
extrêmement sensuel et de toute beauté avec James Mitchell dans un bar
chinois sur l’air de Mack the Knife (qui aurait été censuré à coup sûr par
la MGM ! Qui aura la bonne idée de les sortir en DVD ?).
Contrairement à de nombreuses stars de son époque, qui furent pourtant
à l’époque plus populaires qu’elles et classées au sacro-saint Top 10 du
Box office des exploitants (Cyd ne parut jamais dans la fameuse liste : il
faut dire que des classiques comme « Tous en scène » n’ont pas forcément
été de gros succès en leur temps »), l’étoile de Cyd n’a pas pali avec les
années, bien au contraire. Sa brillante participation aux films les plus mythiques
de la comédie musicale, lui vaut au contraire une belle côte auprès des
cinéphiles, 50 ans après, notamment en France (c’est d’ailleurs ici que
parut le premier livre dédié à la star).
Cyd aurait du venir cet été à la cinémathèque dans le cadre d’un
hommage, mais elle a renoncé au voyage compte tenu des problèmes de santé
de son mari (il a 94 ans).

Une bouquiniste qui vend beaucoup de superbes photos et affiches de cinéma
sur les quais de Paris m’a raconté dernièrement qu’elle avait eu l’occasion
de voir Cyd il y a plusieurs années, lors d’un précédent hommage à la
cinémathèque et que Tony Martin avait chanté quelques chansons. C’était
parait-il magnifique. Elle a bien de la chance !
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