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Carmen
Miranda
Habillée comme un arbre
de Noël, coiffée d’incroyables bibis, la brésilienne Carmen Miranda est
certainement un des personnages les plus kitch, les plus décalés et les plus
exubérants du musical hollywoodien et de fait, l’un des plus imités et
caricaturés. Mais elle a également fait connaître la samba et les rythmes de
son pays au monde entier, et fait preuve d’un réel talent pour la comédie.

Née en 1908 au Portugal, la petite gamine gagne le Brésil dès l’âge d’un
an. Engagée chez un modiste, elle apprend à confectionner toutes sortes de
chapeaux…ce qui lui sera très utile pour le reste de sa carrière ! Attirée
par le monde de la chanson, elle se fait remarquer en interprétant des tangos
(très en vogue à la fin des années 20), mais très vite va évoluer vers des
mélodies plus rythmées. Dès 1930, elle devient une vedette du disque dans son
pays et tourne quelques films. Son style est alors bien moins caricatural que
dans ses futurs films hollywoodiens : on est surpris de voir la petite
chanteuse aux yeux verts, en smoking blanc et chapeau haut de forme comme
Eleanor Powell. C’est en s’inspirant des coiffes des danseuses de Baia, que
Carmen va petit à petit adopter un look plus coloré et exotique. Un
producteur des USA de passage au Brésil la remarque et lui propose de
paraître en guest star dans un grand show à Broadway. Elle accepte, à
l’unique condition que son orchestre soit engagé avec elle : il faut dire
qu’aux USA personne ne maîtrisait les rythmes brésiliens !

Curieusement, dès les premières interviews données aux USA, Carmen se
forge un personnage de fofolle excentrique et folle des hommes en répondant
des bêtises aux questions des journalistes : était ce une tactique
personnelle ou un conseil de son impresario américain ? En tous les cas, même
si elle ne chante qu’un medley de 6 minutes dans la revue « Rues de Paris »
destinée à imposer aux USA le crooner français Jean Sablon, elle éclipse tous
les autres artistes et on ne parle que d’elle. La Fox alertée par le
phénomène, lui propose un rôle dans « Sous le ciel d’Argentine ». Comme elle
doit parallèlement honorer son engagement à Broadway, le réalisateur viendra
à New York dans un cabaret tourner les 3 séquences de Carmen Miranda : c’est
le triomphe. Carmen chante le célèbre « chupeta » dont le succès ne s’est pas
démenti. Le public américain l’adore d’emblée : son rythme, ses chansons, son
look excentrique avec ses semelles compensées (elle était très petite) et ses
chapeaux extravagants.

Tout de suite, elle est imitée (Mickey Rooney dans « En avant la musique
» et par la suite Jerry Lewis dans « Fais moi peur », Rita Pavone dans « Rita
la moustique » etc.… on ne les compte plus !). En 1940, de retour au Brésil,
Carmen entend célébrer son succès avec le public brésilien : en fait, c’est
tout juste si elle ne sera pas sifflée ! A la suite d’une cabale probablement
montée par l’épouse du président Getulio Vargas (qui selon la rumeur était
amoureux de Carmen), la salle réserve à Carmen un accueil si glacial que la
star cruellement déçue ne retournera pas de si tôt dans son pays. Dans les
journaux, on lui reproche de s’être américanisée et de donner de son pays une
image caricaturale et ridicule.

A la Fox, elle va enchaîner les films musicaux, aux couleurs pimpantes
et bariolées. Outre ses talents pour la samba (je pense par exemple à son
interprétation de rebola o bola dans Ivresse de Printemps, chantée avec une
stupéfiante rapidité), et son incroyable dynamisme, Carmen est fort drôle
dans les scènes de comédies, notamment Une nuit à Rio (sortie prévue en DVD
en février) et Week-end à la Havane. En utilisant Miranda dans des films
musicaux exotiques, Hollywood ne fait pas les choses innocemment : déjà, il
essaie de fidéliser le public sud-américain (la guerre l’a privé du marché
européen car les films ne sont plus exportés dans les pays occupés), d’amadouer
un éventuel allié et aussi de distraire un public qui ne demande qu’à
s’évader de la triste réalité (les nazis utiliseront la même technique avec
des films comme Zentrale Rio, l’étoile de Rio, La Habanera).

Banana Split (1943) est probablement
le film le plus célèbre de Carmen. Dans ce monument du kitsch, le génial
Busby Berkeley ne manque pas d’idées pour mettre en valeur Carmen, comme dans
le curieux numéro « Lady with tutti frutti
hat » à la fin duquel, on la voit
portant un chapeau de bananes qui s’élève jusqu’au ciel. C’est bien délirant,
et bien évidemment les esprits chagrins crieront au mauvais goût. En France,
où ses films sortiront à la fin du conflit, on la compare à Donald Duck : il
n’empêche que sur les affiches européennes, on mise bien plus sur sa présence
que sur celle d’Alice Faye, John Payne ou des autres vedettes de ses films.

avec Edward Everett-Horton
L’élan des américains pour Carmen va s’effondrer juste à
la fin de la guerre (est-elle devenue inutile à présent ?). Alice Faye
refusant de jouer le rôle principal de « Montmartre à New York », qu’elle
trouve nul, à juste raison, Carmen se retrouve pour la première fois tête
d’affiche et pâtira sévèrement de son bide au box office. La punition suprême
lui sera infligée : un retour au film en noir et blanc, qui convient bien
moins à son style, il faut bien le dire ! Carmen quitte alors la Fox. On la
retrouve dans le fort drôle Copacabana (1947), avec Groucho Marx, avec lequel
elle forme un couple vraiment surréaliste ! Puis dans des rôles secondaires à
la MGM aux cotés de Jane Powell. Dans Ainsi sont les femmes (1948) elle
chante cuanto la guta, qui sera un succès international.

A la fin des années 40, Carmen épouse son nouvel imprésario. Alcoolique
et violent, il initie Carmen aux joies de la bouteille et du tabac. Très
violent, il la bat comme plâtre. Déprimée par la tournure que prend son
mariage, et sa carrière et toujours blessée par le dédain des brésiliens à
son égard, la pauvre Carmen sombre dans la dépression.
 
Elle abuse des tranquillisants (et non de drogue, soit disant cachée
dans ses semelles compensées comme le prétendait le fielleux « Hollywood
Babylone »). Elle fait des séjours dans des hôpitaux psychiatriques où elle
subit des électrochocs. Derrière l’artiste pétulante se cache une femme
blessée et meurtrie. En 1953, on la retrouve dans une petite comédie marrante
avec Dean Martin et Jerry Lewis, où elle apparaît bouffie et vieillie. Elle
se tourne ensuite vers la télévision. Vedettes des shows de Jimmy Durante,
elle est victime d’un étourdissement à la fin du tournage (en direct) d’un
épisode. Elle meurt le soir (en 1955) même d’une crise cardiaque.
Le Brésil soudain pris de remords, lui fera des funérailles nationales.
A juste raison : en effet, peu de stars brésiliennes ont été aussi populaires
qu’elle sur le plan international. Si elle a donné une image édulcorée et
kitsch de son pays, elle a certainement popularisé la samba sur la planète
entière. Il existe encore à Rio un musée consacré à Carmen, avec ses
incroyables tenues de scènes. Il a fallu donc attendre sa mort pour qu’elle
soit réhabilitée. Pour les amateurs de films musicaux, ce tourbillon de bonne
humeur et d’auto dérision est en tous les cas toujours aussi délectable.

·
Filmographie
(imdb)
1. Scared Stiff (1953) .... Carmelita Castinha
2.
Nancy Goes to Rio (1950) .... Marina Rodrigues
3.
A Date with Judy (1948) .... Rosita Cochellas
4.
Copacabana (1947) .... Carmen Novarro/Mlle. Fifi
5.
If I'm Lucky (1946) .... Michelle O'Toole
6.
Doll Face (1945) .... Chita Chula
... aka Come Back to Me (UK)
7.
Something for the Boys (1944) .... Chiquita Hart
8. Greenwich
Village (1944) .... Princess Querida
9.
The Gang's All Here (1943) .... Dorita
... aka The Girls He Left Behind (UK)
10. Springtime in the Rockies (1942) .... Rosita Murphy
11. Week-End in Havana (1941) .... Rosita Rivas
12. That Night in Rio (1941) .... Carmen
13. Laranja-da-China
(1940)
14. Banana-da-Terra
(1939)
15. Alô Alô
Carnaval (1936)
16. Estudantes
(1935) .... Mimi
17. Alô,
Alô, Brasil (1935)
18.
A Voz do Carnaval (1933) .... Na Rádio Mayrink Veiga

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