C'est à Deauville que le Ballet de Perm et ses 45 danseurs vont terminer leur première tournée en France le 6 Février prochain. Au programme : "Hommage aux Ballets Russes" car c'est une vieille histoire qui lie Deauville et la troupe de Diaghilev... Le 16 Août 1912, ce sont en effet les Ballets Russes de Diaghilev qui inaugurèrent le tout nouveau Casino, avec, parmi les solistes, Vaslav Nijinskii qui dansa le Spectre de la Rose et un pas de deux extrait de La Belle au bois dormant. Aussi, pour lui rendre hommage, une plaque commémorative va être apposée sur la façade du Casino et inaugurée le Samedi 6 Février, justement, à 18h30.
Un article interessant du New York Times... Le directeur de la danse du Ballet national de Perm, Alexei Miroshenko, va bientôt présenter une première au NYCB avec "la dame au petit chien", sur la musique de Shredrin, jadis chorégraphié par Maïa Plissetskaïa. C'est sa seconde création pour le NYCB mais sa première "première". En effet, il avait créé l'an passé pour l'anniversaire de Balalnchine, un ballet sur "Chout" de Prokofiev. La chorégraphie complétée, et une semaine avant la première, les héritiers Prokofiev avaient refusés les droits de la musique! Même Gerguiev n'avait rien pu faire. Issu de l'école Vaganova et de la troupe du Marinsky (où il se spécialisait dans les rôles de caractère comme son devancier A. Ratmansky, "the rage of NYC"), il dirige la compagnie qui se présente pour la première fois en France cette année. http://www.nytimes.com/2010/01/17/arts/dance/17alexey.html?scp=1&sq=Lady%20with%20the%20little%20dog&st=cse
Voilà une information qui corrobore celles concernant les excellentes relations qui existent entre le Ballet de Perm et le Balanchine Trust... Et l'on comprend d'autant mieux que le Ballet de Perm fasse la part belle à Balanchine pour sa première tournée en France : un programme entier qui lui est dédié et "Sérénade" incluse dans le 2ème programme "Hommage aux Ballets Russes" !
Si la France ne connaissait pas encore le Ballet de Perm, les balletomanes de Perm, eux, connaissent déjà (un peu !) les danseurs français car, il y a quelques années, Mélanie Hurel et Christophe Duquenne, Premiers Danseurs de l'Opéra de Paris, se sont produits à l'occasion d'un gala sur la scène du Théâtre Tchaikovsky, l'Opéra de Perm.
Damas a écrit:Le 16 Août 1912, ce sont en effet les Ballets Russes de Diaghilev qui inaugurèrent le tout nouveau Casino, avec, parmi les solistes, Vaslav Nijinskii qui dansa le Spectre de la Rose et un pas de deux extrait de La Belle au bois dormant.
D'après la biographie de Nijinsky par Richard Buckle, la saison de Deauville, qui prenait la suite de la triomphale saison londonienne en Juillet, a eu lieu 6 au 22 Aout pour 5 représentations. Le programme incluait en effet le "spectre", "Le festin" (les extraits de la belle où Nijinsky dansait "l'oiseau de feu" : en fait "l'oiseau bleu"), "Les Sylphides" et "Carnaval". Nijinsky était alors au sommet de sa carrière de danseur. L'auteur, qui achève son chapitre 5 sur cette série de spectacle, en fait le tournant de la vie de Nijinsky; l'apogée de la période heureuse avant la période de doute (et de création!) qui le conduira lentement à la folie.
Le cadre "old fashion" du casino de Deauville donnera sans doute un parfum particulier à cette unique représentation. Jules Barbier : N. dans l'oiseau de feu
La photo des "Sylphides" a été prise le soir même. Il ne risquait pas d'y en avoir d'autres. J'ai vu les journalistes partir après le premier entracte. Ceci explique la sécheresse saharienne de l'article
Bon, je me lance sur un compte rendu qui, je l'espère comblera les lacunes de "Ouest-France"
Un samedi pluvieux (mais pas trop!) à Deauville pour cette dernière représentation de la tournée du ballet de Perm dans le cadre de "l'année de la Russie à Paris". Comme il avait déjà été signalé plus haut, cette journée a été marqué par la découverte d'une discrète plaque sur le côté du casino de Deauville, qui avait été inauguré en 1912 par des représentations des célèbres ballets russes de Serge de Diaghilev. Je n'ai pas assisté au dévoilement lui même par le danseur Robert Gabdullin mais j'ai été voir la plaque après la cérémonie : elle figure, sur la gauche, la célèbre photographie de Nijinsky dans le "Spectre de la Rose", et sur la droite du texte commémoratif de la venue du grand danseur à Deauville. Elle en deux langues (non non, pas en Franco-Russe mais en Franco-Anglais ). A noter, que le même Robert Gabdullin devait danser le soir même le célèbre rôle de Nijinsky. Cela lui fera sans doute de grands souvenir! Mais le danseur a le temps d'écrire ses mémoires car il est encore très jeune.
Très jeune à l'image de l'ensemble de la troupe - La plupart des danseurs ont en effet entre 18 et 35 ans- et cette jeunesse transparait dans l'enthousiasme général qui règne sur scène pendant la représentation. Non que tout soit parfait. Il faut s'adapter à un niveau qui n'est pas celui d'une troupe de renommée internationale. Mais j'ai énormément apprécié le travail du corps de ballet. C'était musical et toujours honnête dans les intentions. J'ai retrouvé une qualité russe, à mon sens complètement perdue par le Bolshoï et surtout le Kirov qui danse actuellement avec une rigueur de métronome têtu et additionne les poses photographiques au détriment du mouvement. Ici, un parfum "soviétique" plane encore (j'entends par soviétique l'esprit Vaganova qui fit merveille des années 40 aux années 80). Les lignes du corps de ballet sont pures sans être alignées de manière militaire, il y a du poids au sol et des variations dans les tempi. On retrouve également les petits maniérisme propre à l'école russe : cette cambrure exagérée du bas du dos. Mais après tout, c'est la Russie et on est content de retrouver un tout cohérent! On peut illustrer cela par cette vidéo, extrait d'un casse noisette donné par la troupe.
Pour ce qui du travail des solistes, disons tout d'abord qu'il est difficile de parler de gens dont les noms ne sont certainement pas ceux écrit dans le programme! Par exemple, la soliste principale sur "Sylphides" était, si j'en crois la distribution, Maria Menshikova, étoile, tandis que "la jeune fille du spectre" devait être Inna Bilash, soliste. Or, j'ai de manière formelle reconnu la même danseuse dans les deux rôles. C'est d'ailleurs fort regrettable. J'ai détesté cette soliste dans "Les Sylphides". Elle dansait petit et raide. Sa tête semblait plutôt vissée que posée sur son corps tant elle manquait de mobilité. C'était fort dommageable, dans la mesure où il s'agissait de la partie de la mazurka et du pas de deux. Le fait que cette même danseuse se soit retrouvée dans les danses polovtsienne du Prince Igor dans un rôle de demi-soliste me laisse à penser qu'il s'agissait plutôt d'Inna Bilash. Les vidéos disponibles de M. Menshikova montrent une artiste d'une toute autre trempe.
*************Menshikova et Panchenko dans "le Corsaire"*****************************************************Menshikova dans "La belle" Mais quand l'aura-t-on au répertoire de l'Opéra, ce "Corsaire"
Ce désappointement a, j'en ai peur, un peu gâché mon approche de ce ballet que je trouve d'emblée difficile. A commencer par la place qu'y tient le "poète". C'est un rôle où il est difficile de briller. L'interprète doit se sentir comme ces petits garçons dans une école de danse de province, perdu au milieu des filles en tutu et objet de tous les regards et, éventuellement de toutes les moqueries. Disons que German Starikov s'en est sorti avec élégance. Grand et fin, blond aux traits très slaves, ce danseur a de jolies lignes et un bon parcours. Ses bras m'ont semblé par contre un peu trop précieux. La première soliste, blonde elle aussi, (Natalia Moisseva?) faisait du beau style dans la valse Op. 70. Les bras surtout étaient délicats. Mais son dos m'a paru bloqué et ses réceptions de pointes s'en ressentaient. Fatigue? -Une soixantaine de représentations tout de même en un peu plus d'un mois!- ou état déplorable des pointes comme quelqu'un me le faisait très justement remarquer -encore un petit côté "rétro" soviétique. Mais de celui-là, on ne ressentait pas la nostalgie-. La 3e soliste (Ekaterina Panchenko?) ne m'a pas laissé d'impression particulière dans la Prélude Op.28. Le travail était propre mais elle n'habitait pas sa variation. L'impression générale du ballet, malgré ces bémols, est positive. Il émanait du corps de ballet une poésie un peu surannée mais touchante très en accord avec l'esprit de cette pièce, créée comme une évocation d'un monde et d'un temps révolu.
"Le Spectre de la rose": La production est ... affreuse! C'est vraiment comme voir un David de Michel-Ange en plâtre sur l'étal d'un marchand souvenir à ... Paris. La toile de fond reproduit grossièrement les deux baies imaginées par Benois mais dans des teintes verdâtres assez agressives. Le pauvre garçon doit danser dans un costume "hot pink", presque acidulé, et un bonnet de bain assorti enfoncé sur la tête! Heureusement, l'exécution n'était pas mauvaise. Robert Gabdullin, un danseur de taille moyenne, bien découplé, les traits presque asiatiques (n'étaient-ce pas les caractéristiques de Nijinsky), a du ballon, des pieds propres, et un corps flexible. Sa danse est ample, généreuse. Cependant, son interprétation m'a surpris par son éloignement des critères parisiens pour Ce même ballet. Ce spectre n'était en aucun cas un esprit végétal. Il était incontestablement de chair et de sang ... Les bras étaient d'ailleurs, à mon gout, beaucoup trop exubérants. Mais l'interprétation étaient néanmoins cohérente. Il m'a semblé également qu'il ne dansait que pour lui. Etait-ce lui ou bien mon aversion pour la danse de sa "jeune fille" ??
Les danses polovtsiennes : J'étais là encore choqué de lire que la production datait de mai 2009! J'avais imaginé au contraire qu'elle datait terriblement. Il faut toute la science des ateliers de perruques de l'Opéra pour que les cheveux hirsutes des Polovts n'aient pas l'air de mauvais postiches passés trop souvent à la machine. Voilà un ballet difficile à vendre aujourd'hui! Les danseurs actuels ne sont plus taillés pour le danser. Les évolutions "sauvages" du chef des guerriers et des archers devaient faire leur effet avec des danseurs taillés comme Adolf Bolm mais avec tous ces fins garçons à la peau laiteuse, cela peut friser le ridicule. La course avec agitation des mains et lancer de flèches doit être un cauchemar à répéter! Je me faisais la réflexion qu'il faudrait les danseurs de Paul Taylor pour redonner sa dimension érotique à la chorégraphie (même si, depuis quelques temps, les danseurs de Taylor ont, eux aussi, tendance à s'affiner). Cependant, l'enthousiasme de la troupe a eu raison de mes réticences. Le soliste principal, Sergey Mershin avait vraiment l'air fatigué mais donnait tout ce qu'il pouvait. Une autre vidéo trouvée sur Yt, montre de quoi il est capable en temps normal. Poids au sol, ballon. Un bon représentant de l'école russe de danseur de caractère.
Je salue au passage les 4 demi-solistes qui viennent par deux fois faire leurs tours sautillé en grand plié première. Quel épuisement cela doit être! L'ensemble final avait vraiment du pep. J'aime quand on m'entraine dans quelques choses que je pense à priori ne pas aimer.
Sérénade :
Le style n'y était pas, certes. Mais cette chorégraphie est assez géniale pour supporter toutes les petites trahisons. Et pour avoir vu le Kirov l'interpréter il y a deux ans à New York, on peut dire qu'au moins il y avait de la musique sur scène! La soliste principale, Yuliya Manzheles, m'a semblé le plus approcher de la silhouette et surtout du style requis dans Balanchine. A l'exception de sa chute à la fin du "Thème russe", vraiment empruntée, elle déploie l'énergie adéquate pour ce ballet. C'est romantique, certes, mais c'est un romantisme new yorkais; Il doit donc être "aiguisé". C'est ce que trouvait la première soliste dans sa danse. Au Marinsky, "Sérénade" semble être vu comme un "les Sylphides-bis" : "Balanchine est né en Russie, Le ballet est un art russe, donc Balanchine doit être dansé à la russe". Ici, le corps de ballet a su rendre le contraste existant entre les deux oeuvres et a, par là même, justifié l'addition au programme de cette pièce créée 4 ans après la mort de Diaghilev et dont la production actuelle est bien loin de la luxuriance attachée aux "ballets russes". En effet, là aussi il s'agit d'un ballet ou la femme prend la majeure partie de l'espace et ou les hommes sont relégués au rôle de faire valoir. La subtilité du programme résidait dans ce clin d'oeil. Encadrer 2 pièces à la gloire de la danse masculine entre 2 monuments dédiés à l'éternel féminin du ballet post-romantique. Des garçons, j'ai nettement préféré le premier. Un très jeune, très fin interprète aux cheveux coupés à la lionne qui rayonnait de la joie de danser. Le rôle du premier soliste semblait taillé pour lui et je l'aurai vu sans problème apparaître au milieu des danseurs du New York City Ballet. Je suis plus réservé à propos du 2e soliste ("l'ange de la mort"). Chez les femmmes, la deuxième soliste était beaucoup trop tendue (Ekaterina Gushchina?). Sa musculature de dos était agressive pour l'oeil. J'avais remarqué la 3e soliste, Natalya Makina (?), une jolie blonde dans le corps de ballet des "Sylphides". Elle dansait avec beaucoup d'autorité. On sentait "la locomotive". Elle s'est acquittée de sa partie avec la même efficience. J'aurai attendu un peu plus de légèreté sur pointe cependant. Mais peut-être était-ce conjoncturel. La vidéo ci-dessous, prise pendant la tournée française, ne dégage pas du tout cette impression.
Une soirée rafraichissante somme toute surtout après le programme très convenu donné par l'Opéra de Paris dernièrement!
Dernière édition par Cléopold le Jeu Fév 11, 2010 11:44 am, édité 3 fois.
Deux précisions au sujet de l'article de R. de Gubernatis...: - c'est en 1909 (et non 1912) que les Danses Polovtsiennes du Prince Igor furent présentées au public parisien sur la scène du Châtelet. - les négociations sont encore en cours et rien n'est pour le moment signé quant au retour du Ballet de Perm en France en Novembre prochain. Il nous faut croiser les doigts car c'est "Le Lac des Cygnes" qui est prévu dans la production de Nathalia Makarova (ancienne ballerine transfuge du Kirov, comme Noureev et Barichnikov); elle fut l'une des plus belles Princesse-Cygne de l'histoire de ce ballet !
Ayant assisté moi aussi aux festivités deauvillaises, je partage l'avis de Cléopold (et admire au passage son très complet récit ). Ce que j'ai trouvé de plus remarquable, c'est l'extraordinaire musicalité de ce corps de ballet ! On se serait cru devant le Kirov de la fin des années 70 ! Pour un seul détail, je me sens plus proche de l'opinion de R. de Gubernatis : Robert Gabdullin dans le Spectre de la Rose ! C'était habité, léger, virevoltant, avec des bras magnifiques et, ai je trouvé, avec beaucoup d'intérêt pour sa partenaire (pourtant pas mémorable...). Bref, en un mot, une interprétation très russe !